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OpenAI a démantelé une campagne d’influence russe qui se cachait derrière un centre de réflexion présenté comme israélien, l’International Burke Institute (IBI). Le rapport, publié le 25 août 2026, décrit un montage complet : des comptes ChatGPT d’origine russe (utilisés via un VPN) généraient des publications de promotion sur X, Facebook, LinkedIn, Substack et Telegram, en anglais, en allemand et en français.
- La façade, l’IBI, affichait des « experts » célèbres (Francis Fukuyama, Noam Chomsky) et un site riche en articles. Échantillon analysé : 36 articles publiés entre septembre 2025 et mai 2026, dont 34 copiés ailleurs, souvent mal attribués.
- L’« indice de souveraineté » du think tank de façade louait la Russie et critiquait la France, l’Allemagne, l’Union européenne et les États-Unis.
- L’IA n’a pas écrit les articles du site : elle a surtout servi à la promotion, aux réponses sous les posts et aux logos de douze chaînes Telegram.
- Impact mesuré par OpenAI comme faible (bas de la catégorie 3 sur l’échelle de Brookings), mais une infrastructure prête à passer à l’échelle.
- Le site IBI était toujours en ligne le 25 août 2026, avec son adresse de Tel-Aviv et son article consacré à la France.
Voici le rapport, expliqué simplement, avec les pièces du dossier et les indices pour repérer ce genre de montage.

Les opérations d’influence cachées sont devenues un terrain de jeu pour des groupes politiques ou state-sponsored, qui veulent peser sur l’opinion sans révéler qui les mène. La nouveauté, ici, ce n’est pas l’influence russe, c’est la qualité du décor : un vrai-faux centre de réflexion avec des articles volés, de fausses attributions et un indice de « souveraineté » qui ressemble à de la recherche universitaire. Et derrière tout ça, des comptes russes qui utilisaient ChatGPT pour faire connaître leur machine.
Ce qui rend cette histoire intéressante pour nous, en France, c’est que le « think tank » ne s’en prenait pas qu’aux États-Unis. Notre guide complet pour comprendre l’IA aide à décoder le vocabulaire, mais ici le sujet est plus politique : des articles sur la France, des chaînes Telegram qui ciblent la France, et un rapport aux conclusions mesurées. Voici ce qu’il faut en retenir.
Une opération d’influence déguisée en centre d’experts
Dans un rapport publié le 25 août 2026, les équipes de sécurité d’OpenAI expliquent avoir repéré et coupé une opération qui a duré des mois. Le rapport définit ce qu’il appelle les opérations d’influence cachées : « des tentatives trompeuses de manipuler l’opinion publique ou d’influencer des résultats politiques sans révéler la véritable identité ou les intentions des acteurs qui se cachent derrière » (deceptive attempts to manipulate public opinion or influence political outcomes without revealing the true identity or intentions of the actors behind them). Pour s’en protéger, il faut d’abord comprendre comment elles sont montées.
L’élément déclencheur n’a rien d’un film d’espionnage : la détection de publications générées par IA sur les réseaux sociaux. De là, les enquêteurs ont remonté une chaîne plus complexe, jusqu’à une « communauté d’experts » autoproclamée basée en Israël, l’International Burke Institute (IBI), et un site internet enregistré en février 2025. Le rapport est formel sur la construction du décor : « il comportait des travaux académiques copiés et mal attribués, un indice de « souveraineté » qui présentait la Russie sous un jour favorable, et des efforts pour déguiser les origines russes des opérateurs » (containing copied and misattributed academic work, a “sovereignty” index that cast Russia in a favourable light, and efforts to disguise the operators’ Russian origins). La campagne est décrite comme « une campagne d’influence cachée nouvelle et jamais rapportée » (a new and previously unreported covert influence campaign).
Qui se cachait derrière les comptes ?
OpenAI a banni un cluster de comptes très probablement d’origine russe. Les opérateurs formulaient leurs demandes en russe : « les opérateurs ont demandé, en russe, de générer des commentaires sociaux publiés sur Substack, Telegram, X, Facebook et LinkedIn » (The operators prompted in Russian to generate social media comments that were posted on Substack, Telegram, X, Facebook and LinkedIn). L’essentiel du message produit était en anglais, avec une consigne explicite de camouflage : « la plupart des commentaires générés étaient en anglais, et les opérateurs ont demandé à ChatGPT de cacher les indices linguistiques qui auraient pu montrer qu’ils étaient russes » (Most of the comments they generated were in English, and the operators instructed ChatGPT to hide any linguistic clues that they were Russian). Comme l’accès aux modèles d’OpenAI est interdit depuis la Russie, le groupe passait par des VPN, ces réseaux privés virtuels qui masquent l’origine d’une connexion.
L’objectif ? Donner de la crédibilité à un centre de recherche de façade. Un bon indice de cette volonté de façade : l’IBI affichait, pour la date du 17 juillet citée par le rapport, une liste d’experts prestigieux, dont Francis Fukuyama et Noam Chomsky, avec une adresse à Tel-Aviv et un look académique impeccable.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les articles publiés sur le site de l’IBI n’étaient pas générés par l’IA. Le rapport l’écrit noir sur blanc : les articles du site « n’ont pas été générés par nos modèles » (Articles published on the site were not generated from our models). Beaucoup ont été recopiés depuis de vraies publications, d’autres rédigés puis traduits à la machine. L’IA a servi de haut-parleur (publications, logos, commentaires), pas de plume. Cette distinction change tout : le risque n’est pas une IA qui écrirait toute seule de la propagande, mais des humains qui utilisent l’IA pour amplifier une façade déjà fabriquée.
L’« indice de souveraineté », la pièce maîtresse du décor
Le véritable tour de force de la campagne, c’est son interface de mesure du monde : un « indice de souveraineté » qui note les pays selon des critères économiques, politiques et culturels. Le rapport le dit sobrement : la particularité de l’opération tient dans « un indice de souveraineté promu par le soi-disant « think tank » pour louer la Russie et dénigrer les pays occidentaux » (its creation of the “sovereignty index” promoted by the ostensible “think tank” to praise Russia and denigrate Western countries). Un détail qui fait le poids dans la chronologie des opérations russes : c’est, selon OpenAI, « la première fois que nous avons perturbé une opération d’influence liée à la Russie qui soit allée à de telles extrémités de construction » (This is the first time we have disrupted an influence operation tied to Russia that went to such elaborate lengths).
Les rapports publiés pouvaient comparer deux pays ou se concentrer sur un seul, « surtout ceux qui critiquent la guerre de la Russie en Ukraine, comme la France et l’Allemagne, et l’Union européenne » (especially those which criticize Russia’s war on Ukraine such as France and Germany, and the European Union). Le ton de ces textes n’avait rien d’universitaire : le rapport les qualifie de « typiquement critiques, frisant la polémique » (typically critical, veering into the polemic). Ce n’est pas un hasard si la France y occupe une place de choix.
Exemple, si l’on regarde l’article « The Macron Decade » de l’IBI, encore en ligne le 25 août 2026 et toujours accessible :

« Dix ans de macronisme ont produit exactement le résultat que devait donner un gestionnaire arrivé à l’Élysée depuis la banque Rothschild : la France a été ouverte comme un coffre-fort au capital historique, et maintenant elle est vendue par morceaux. »
Texte du site IBI, cité par le rapport d’OpenAI, 25 août 2026. Original : (Ten years of Macronism produced exactly the result that a manager who came to the Elysée Palace from the Rothschild Bank must have given: France was opened like a safe with historical capital, and now it is being sold off in parts.)
Le rapport note aussi des rapports sur l’Allemagne et sur l’Union européenne, dont un pamphlet qui comparait la Slovaquie et l’Italie, deux pays présentés par l’IBI comme des otages du « grand » syndicat européen. À titre de mesure : le site IBI créditait la France d’un score de souveraineté de 556,5 sur 700, publié sans méthodologie visible, pendant que le texte voisin faisait de la France un pays « vendu par morceaux ».
Des « experts » volés et une traduction dénoncée par une seule expression
Pour fabriquer la légitimité, l’IBI a utilisé une technique très simple : reprendre du contenu authentique existant et l’attribuer à ses propres « chercheurs ». Le rapport a passé au crible un échantillon de 36 articles liés à des experts (publiés entre septembre 2025 et mai 2026) : 34 étaient copiés depuis d’autres sites, parfois vieux de plusieurs années, parfois attribués aux mauvais auteurs. Un article sur le corridor économique Chine-Pakistan, initialement publié par Cambridge University Press et écrit par un professeur émérite de l’université de Bradford, apparaissait ainsi signé par une spécialiste de la politique d’Asie du Sud de l’université de Nottingham. Un autre, sur la gouvernance migratoire, venait du Migration Policy Institute mais était attribué à une professeure australienne de science alimentaire.
Autre détail qui vaut une lecture : une photo identique figurait à la fois sur la page des intervenants de l’IBI et sur la fiche d’une vraie universitaire datée de 2017. Comme le résume le rapport, ce stratagème vise « à rendre le site plus légitime en le remplissant de contenu authentique tout en masquant la source réelle de ce contenu » (to make the IBI website look more legitimate by stocking it with authentic content while obfuscating that content’s actual source). Le lecteur pressé n’a aucune raison de douter : les lettres de créance sont là, les noms sont là, la provenance devient introuvable.
Enfin, un indice en or pour les traqueurs de manipulation : la langue. Le rapport cite un exemple où le site utilise l’expression « la coalition Svetofor » pour parler de la coalition allemande dite « feu tricolore » (sociaux-démocrates, libéraux et écologistes), connue en allemand sous le nom d’« Ampelkoalition ». Or svetofor, c’est le mot pour « feu de circulation » en russe et dans plusieurs langues slaves : une tournure, selon OpenAI, que ni un anglophone ni un germanophone n’aurait écrite pour décrire cette coalition, et qui trahit très probablement une traduction automatique d’un original slave.

Le volet Telegram : de l’allemand au français, des logos générés par IA
La partie la plus concrète du rapport concerne les réseaux sociaux. L’usage principal de ChatGPT dans l’opération, c’était la génération de publications promouvant les articles de l’IBI, repérées sur X, LinkedIn, Facebook, Substack et Telegram. Certains posts émanaient de comptes à l’effigie de l’IBI, d’autres de comptes « grand public » vraisemblablement inauthentiques, dont l’activité principale consistait à republier les articles du site. Les opérateurs généraient aussi des réponses à de vrais utilisateurs de Substack, avec systématiquement une invitation à suivre la chaîne de l’IBI.
Deux éléments confirment l’ampleur du dispositif. D’abord, l’un des opérateurs a produit des messages en allemand pour une chaîne Telegram nommée « Lahme Ente », soit « canard boiteux », dont les textes critiquaient l’Ukraine, l’Union européenne et le gouvernement allemand, tout en plaidant pour de meilleures relations avec la Russie. Ensuite, un second opérateur a généré les logos de douze chaînes Telegram centrées sur l’Allemagne, les États-Unis, la France, la Pologne et la Türkiye. Certaines chaînes republiaient l’IBI ou partageaient ses posts. L’une d’elles, américaine de façade, présentait une bio truffée d’expressions maladroites : « a totally unhackneyed perspective on hazzy ». Les opérateurs demandaient en outre des résumés en russe de l’activité de ces chaînes. Bref, un réseau pensé pour diffuser en plusieurs langues, y compris la nôtre.
Une campagne à la portée limitée, mais une infrastructure prête à servir
Venons-en aux chiffres qui comptent. OpenAI évalue l’impact réel comme faible : publications peu vues, comptes IBI peu suivis, mais chaînes Telegram entre 10 000 et 20 000 abonnés chacune. L’échelle de Brookings (Breakout Scale), conçue pour mesurer l’impact des opérations d’influence, place l’opération en bas de la catégorie 3, soit une diffusion sur plusieurs plateformes avec quelques débuts de percée vers des audiences authentiques. Pour situer l’échelle : la catégorie 1 correspond à une diffusion dans une seule communauté sur une plateforme, et la catégorie 6 à une réponse politique ou à un appel à la violence. L’opération n’a donc pas déclenché de prise de conscience massive, et c’est précisément pour ça qu’elle était dangereuse.
Ce qui rend ce cas inquiétant, ce n’est pas le nombre de lecteurs touchés aujourd’hui, c’est l’architecture : une institution crédible en apparence, des experts réels à moitié volés, un indice propriétaire, des chaînes multi-pays. Une fois l’usine en place, il suffit de changer le vernis pour la réutiliser. OpenAI le formule ainsi : « la signification de cette opération réside moins dans l’audience qu’elle a atteinte que dans l’infrastructure qu’elle avait bâtie » (The significance of the operation lies less in the audience it reached, however, than in the infrastructure it had built). Le rapport ajoute une remarque qui désarçonne : c’est précisément « leur utilisation de l’IA en soutien qui a conduit à l’exposition de l’opération » (their supporting use of AI can lead to the broader operation being exposed). L’outil censé donner de l’ampleur a servi à la repérer.
Et le dénouement ? Nous avions déjà documenté un cas où une IA a créé de faux comptes pour tendre un piège à un développeur. Ici, pas de coup de théâtre : OpenAI a banni les comptes et publie son rapport. Mais le texte se garde bien de tout scénario simpliste : des traces en ligne suggèrent que quelques personnes réelles en Israël ont pu présenter l’IBI dans des soumissions d’articles ou lors de conférences, et OpenAI dit ne pas être en mesure de déterminer le lien entre ces individus, l’IBI et les opérateurs en Russie. Et le site, lui, tourne toujours.

La campagne en six volets
Pour tout garder en tête, voici les six pièces du dossier, telles que le rapport les présente. Chaque onglet affiche le détail et la ligne « où c’est écrit ». Cliquez librement :
L’opération IBI en six volets. Cliquez sur un onglet pour ouvrir un volet :
Un cluster de comptes ChatGPT d’origine russe
Des comptes très probablement russes, opérés via un VPN à cause de l’interdiction d’accès depuis la Russie. Les opérateurs formulaient leurs demandes en russe, produisaient des commentaires surtout en anglais et demandaient explicitement à l’IA de ne rien laisser transparaître. Les posts partaient sur Substack, Telegram, X, Facebook et LinkedIn.
Où c’est écrit : chapitre « Actor » du rapport d’OpenAI, 25 août 2026.
L’International Burke Institute, un centre d’experts présenté comme israélien
Un site enregistré en février 2025, une adresse à Tel-Aviv, une « communauté d’experts » autoproclamée, et pour la date du 17 juillet une liste de pointures comme Francis Fukuyama et Noam Chomsky. Le site était encore en ligne le 25 août 2026 et affichait toujours l’adresse de Tel-Aviv. Le rapport note que quelques personnes réelles en Israël ont pu représenter l’IBI, sans établir leur lien avec les opérateurs.
Où c’est écrit : rapport OpenAI, sections « Actor » et « Non-AI activity » ; constat direct du 25 août 2026 sur ibi.institute.
34 articles copiés sur 36, souvent mal attribués
Un échantillon de 36 articles liés à des experts, publiés entre septembre 2025 et mai 2026 : 34 copiés ailleurs. Exemples : un article de Cambridge University Press signé par une autre personne, un texte du Migration Policy Institute attribué à une professeure de science alimentaire, avec la même photo qu’une fiche de 2017. Et des textes signés par un locuteur slave, traduits à la machine (la « coalition Svetofor »).
Où c’est écrit : rapport OpenAI, section « Non-AI activity » (exemples détaillés).
L’« indice de souveraineté » qui loue la Russie
Des rapports pays qui notent la souveraineté, surtout vers la France, l’Allemagne, l’Union européenne et les États-Unis. Le texte sur la France parlait d’un pays au « capital historique » vendu par morceaux, et l’IBI créditait la France de 556,5 sur 700. Le rapport les qualifie de typiquement critiques, frisant la polémique.
Où c’est écrit : rapport OpenAI, section « Non-AI activity » ; article « The Macron Decade » du site IBI, encore en ligne (constat direct, 25 août 2026).
Douze chaînes Telegram, des logos générés par IA
Un opérateur publiait en allemand sur la chaîne « Lahme Ente » (« canard boiteux »), hostile à l’Ukraine, à l’Union européenne et au gouvernement allemand. Un second a généré les logos de douze chaînes ciblant l’Allemagne, les États-Unis, la France, la Pologne et la Türkiye. « American Observer », qui se faisait passer pour un média américain, affichait une formule improbable : « a totally unhackneyed perspective on hazzy ». Et les opérateurs demandaient des résumés en russe de leurs propres chaînes.
Où c’est écrit : rapport OpenAI, sections « AI activity » et « Actor ».
Une portée limitée, une infrastructure prête à l’échelle
Peu de vues sur les posts, comptes IBI peu suivis, mais des chaînes Telegram entre 10 000 et 20 000 abonnés chacune. OpenAI classe l’opération en bas de la catégorie 3 de l’échelle de Brookings : diffusion sur plusieurs plateformes, percées émergentes vers des audiences authentiques. Pour OpenAI, l’essentiel n’est pas l’audience : c’est l’infrastructure.
Où c’est écrit : rapport OpenAI, section « Impact » ; échelle de Brookings (lien en fin d’article).
Six volets, un seul affiché à la fois. La source est indiquée sous chaque dossier.
Les chiffres et les dates à retenir
| Élément | Ce que ça veut dire | Source |
|---|---|---|
| Février 2025 | Enregistrement du site de l’IBI, selon le rapport. | Rapport OpenAI, section « Actor » |
| Septembre 2025 à mai 2026 | Période couverte par l’échantillon des 36 articles liés aux « experts ». | Rapport OpenAI, section « Non-AI activity » |
| 34 sur 36 | Articles copiés depuis d’autres sites dans cet échantillon. | Rapport OpenAI, section « Non-AI activity » |
| 17 juillet | Date de l’état du site cité par le rapport (experts affichés : Fukuyama, Chomsky). | Rapport OpenAI, section « Non-AI activity » |
| 10 000 à 20 000 abonnés | Nombre d’abonnés constaté par chaîne Telegram liée à l’opération. | Rapport OpenAI, section « Impact » |
| Bas de la catégorie 3 (sur 6) | Niveau d’impact sur l’échelle de Brookings : multi-plateformes, percées émergentes. | Rapport OpenAI, section « Impact » ; échelle Brookings |
| 556,5 sur 700 | Score de « souveraineté » de la France affiché par l’IBI dans son article « The Macron Decade ». | Article IBI, constat direct du 25 août 2026 |
| 25 août 2026 | Publication du rapport d’OpenAI. Le site IBI était toujours en ligne le jour même. | Page officielle OpenAI ; constat direct |
Comment repérer un montage de ce genre
Votre premier réflexe ne devrait pas être de chercher l’IA partout. Les indices les plus fiables ici ne sont pas textuels : ce sont les incohérences d’identité. Voici les signaux qui ont conduit les enquêteurs d’OpenAI sur la piste, et qui fonctionnent aussi pour vous :
- Le calque linguistique : des tournures impossibles (une « coalition Svetofor » allemande), des bios d’une franchise involontaire (« une perspective totalement inédite sur hazzy ») (a totally unhackneyed perspective on hazzy). Le « pas tout à fait » naïf est souvent le signal le plus fort.
- Les « experts » fantômes : une photo qui apparaît identique sur deux sites à des années d’écart, une spécialité qui ne colle pas avec le sujet (une professeure de science alimentaire qui écrit sur la gouvernance migratoire).
- La signature volée : un article attribué à un auteur qui ne l’a pas écrit. Une recherche par extrait de phrase, même courte, remonte très vite la vraie source.
- Les comptes et chaînes « usine » : des profils sans historique qui republient toujours le même site, des chaînes dont seul le logo (souvent généré par IA) est neuf.
- L’absence de méthodologie : un indice chiffré (556,5 sur 700) sans explication des critères, sans données sources publiées, sans comité scientifique apparent.
- Le manque de traces : une vraie association laisse des comptes rendus, des salariés, des rapports annuels. Une présence qui n’existe que par son architecture est un signal, pas une preuve.
Les cinq réflexes qui tiennent en deux minutes
- Vérifiez qui est derrière : ouvrez la page « à propos », cherchez une adresse physique, un téléphone, une équipe. Comparez avec le ton du site.
- Recherchez une phrase de l’article entre guillemets : si la quasi-totalité des résultats renvoie vers d’autres sites, l’article est un copier-coller.
- Croisez la photo d’un « expert » en recherche d’images : une seule image qui revient avec des identités différentes, c’est mauvais signe.
- Cherchez la méthodologie : un classement sans source de données ni critères publiés mérite la méfiance.
- Recoupez avec la presse sérieuse et les institutions : l’Europe impose désormais le signalement des contenus générés par IA, et les sites qui s’y plient le montrent.
Un texte généré par IA peut être fluide, exact, sans aucune faute : l’IA n’est donc pas un détecteur en soi. C’est l’écart avec la réalité (une fausse attribution, un expert invraisemblable, une tournure étrangement correcte) qui doit créer le doute. Pour les images, en revanche, des outils existent, comme le détecteur d’images générées par IA de Yiaho. Et plusieurs études montrent que les assistants IA eux-mêmes peuvent déformer l’information, comme celle que nous avions analysée sur les failles des assistants : le problème est systémique, pas circonscrit à une campagne.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’International Burke Institute (IBI) ?
Un site qui se présentait comme une « communauté d’experts » basée en Israël, avec une adresse à Tel-Aviv et un site enregistré en février 2025. Selon OpenAI, il s’agissait d’une façade pour une opération d’influence russe : 34 articles sur 36 copiés, parfois mal attribués, et un « indice de souveraineté » favorable à la Russie.
La France était-elle visée par cette campagne ?
Oui, explicitement. Le rapport indique que des rapports pays se concentraient surtout sur ceux qui critiquent la guerre de la Russie en Ukraine, comme la France et l’Allemagne. Le site IBI a publié un article intitulé « The Macron Decade », visiblement hostile au président français, et la France figurait parmi les pays ciblés par les douze chaînes Telegram.
L’IA a-t-elle écrit les articles de propagande du site ?
Non. OpenAI précise que les articles du site n’ont pas été générés par ses modèles. Les textes étaient copiés depuis d’autres publications, ou rédigés de manière artisanale avec des traces de traduction automatique. L’IA servait surtout à la promotion : posts, logos de chaînes, commentaires, invitations à s’abonner.
Cette campagne a-t-elle touché beaucoup de monde ?
OpenAI évalue l’impact comme faible : peu de vues sur les posts, comptes officiels de l’IBI peu suivis, mais des chaînes Telegram entre 10 000 et 20 000 abonnés chacune. L’échelle de Brookings place l’opération en bas de la catégorie 3, soit une diffusion multi-plateformes avec des débuts de percée vers des audiences authentiques.
Le site de l’IBI est-il toujours en ligne ?
Oui, il l’était encore le 25 août 2026, avec son adresse de Tel-Aviv, sa liste d’experts (Fukuyama et Chomsky inclus) et son article sur la France. OpenAI ne peut pas faire disparaître un site tiers : l’entreprise a banni les comptes liés à l’opération et publié son rapport.
Comment savoir si une image a été générée par une IA ?
Pour les images, il existe des détecteurs automatiques, comme le détecteur d’images IA de Yiaho, qui examine les motifs et les artefacts. Pour les textes, la lecture reste reine : la fluidité ne prouve rien, ce sont les incohérences (auteurs, dates, photographies, méthodes) qui trahissent le montage.
En résumé : une campagne d’influence au décor de luxe, au bilan limité
Ce que le rapport du 25 août 2026 nous apprend, c’est que la barrière n’est plus technologique. Il n’est pas besoin d’un arsenal de bots sophistiqués pour monter une opération d’influence crédible : un institut de façade, des articles volés, un indice maison, et de l’IA pour amplifier la présence sociale suffisent. La limite, c’est la portée : peu de monde a vu ces contenus. Le point faible, c’est l’architecture elle-même, qui finit par se retourner contre ses auteurs.
Pour nous, lecteurs francophones, le message est double. D’abord, la vigilance ne doit pas se concentrer sur la qualité d’écriture des contenus générés par IA : elle doit se concentrer sur les preuves d’identité (vraies adresses, vraies équipes, vraies sources, vraies méthodologies). Ensuite, la meilleure défense reste la vérification active, celle qui prend deux minutes et démonte un montage bâti en plusieurs mois.
Tester vos images, avant qu’elles ne soient utilisées
Vous recevez une photo, un visuel proposé, une capture suspecte ? Le détecteur d’images de Yiaho vérifie si un document a été généré par une IA, gratuitement et sans inscription.
Sources : rapport d’OpenAI « Disrupting a new covert influence campaign from Russia », 25 août 2026 (page officielle) ; Damien Leloup, « Un circuit de propagande russe détecté sur ChatGPT : fausses chaînes Telegram, fausses vidéos et vrai-faux think tank israélien », Le Monde, 25 août 2026, publié à 07h00 et modifié à 08h09 ; échelle de mesure de l’impact des opérations d’influence de Brookings (Breakout Scale) ; constats directs du 25 août 2026 sur le site ibi.institute, article « The Macron Decade » toujours en ligne, adresse de Tel-Aviv et liste d’experts affichées.


